l’union

 

 

Journal l'union du vendredi 12 novembre 2004

 

 

VILLERET

 

Une histoire d’amour dans la guerre

 

CHARGEMENT EN COURS.

Lors de la Première

Guerre mondiale

un soldat anglais a

aimé une

Française, avant

d’être fusillé. Leur

fille et l’ancien

maire de Villeret

évoquent cette

tragique histoire.

 

 

Photo Christian LANTENOIS

 

Pendant la Première Guerre mondiale, un soldat anglais a aimé une jeune française près de Saint-Quentin. Récit d'une tragique histoire d'amour au lendemain du 86° anniversaire de l'Armistice de 1918. Elle demeure un témoignage édifiant de la Première Guerre Mondiale. Hélène Cornaille, âgée de 89 ans, habitant Le Verguier, ne se souvient pas de son père. Ce soldat britannique s'appelait Robert Digby. «J'avais six mois quand il est mort » dit sobrement cette ancienne ouvrière en filature. Son drame figure au cœur du livre

« La fille de l'Anglais, une histoire d'amour et de trahison durant la Grande Guerre »

aux éditions L'Archipel. Cet ouvrage écrit par un journaliste anglais, Ben Macintyre, a été traduit en français l'an dernier.

Le drame débute le 27 août 1914. Huit soldats de sa très gracieuse majesté se cachent au nord du Catelet. Après la bataille menée au Cateau-Cambrésis, ils se retrouvent isolés au milieu de l'armée allemande qui garde toutes les issues. Les combattants se cachent dans la carrière d'Hargival avant de séparer. La moitié du groupe est hébergée par des habitants de la commune de Villeret. Pendant seize mois, ils parviennent à tromper la vigilance de l'occupant. Les villageois les cachent et les aident. En pleine occupation, ils sont résistants. Une idylle naît dans la clandestine. Robert Digby, 31 ans, l'un des combattants, devient amoureux d'une jeune Française, Claire Dessenne âgée d'une vingtaine d'années. Le mariage n'est pas possible car c'est la guerre. Mais Claire accouche bientôt d'une fille, Hélène Cornaille. Les Anglais deviennent des paysans picards. Ils présentent peut-être le charme de l'exotisme à l'époque où les voyages étaient rares. En tout cas, ils sont bien acceptés par la population.  Ils  travaillent  aux champs, utilisent quelques mots de patois. Plusieurs fois, l'autorité allemande exige leur reddition. Les combattants restent  introuvables.  Mais  le 16 mai 1916, une perquisition est menée dans le grenier de la famille Dessenne. Trois Anglais sont capturés et fusillés. Le maire est condamné aux travaux forcés comme des habitants.

        

         Robert DIGBY,

         fusillé par les allemands

   

         

          Hélène, sa fille avec sa mère Claire DESSENNE

                                     

                                      Trahison

 

Jean Dessenne, 71 ans ancien maire de Villeret, lâche aujourd'hui sa conviction à propos de ces arrestations :

« Nous sommes restés quatre-vingt ans sans en parler. De toute façon, ils ont été trahis »

Mais personne n'est en mesure de décliner l'identité du traître. Il est responsable de la mort de quatre hommes. Car le quatrième Anglais en liberté ne tarde pas à se rendre. C'est lui finalement le personnage principal. Robert Digby est fusillé à son tour le 30 mai 1916 dans un fossé du château du Catelet. Son corps repose comme celui de ses trois autres camarades au cimetière de cette commune. Hélène ne parvient toujours pas à oublier la perte brutale de son papa. «Je n'aime pas beaucoup les Allemands mais les générations  actuelles ne  sont pas responsables du passé » dit-elle. En tout cas, elle conserve précieusement les derniers mots de la lettre écrite par son père dans notre langue. Ils sont adressés à sa maman et à elle-même en ces termes : «je meurs heureux pour la France et pour mon pays. Donnez une photo de moi à ma fille. Dites la vérité de son père qui est mort ».

Pierre Miquel, auteur de la préface de l'ouvrage, ne se montre pas insensible à ce drame :

« La présence des Anglais à nos côtés durant ce conflit est inscrite dans la mémoire du sol ».

Au cimetière du Catelet, les tombes blanches de Robert Digby, de Thomas Donone, de Martin David et de William Thorbe confirment tristement cette observation.

Hélène Cornaille a plusieurs fois songé à offrir une place dans le caveau familial à la sépulture de son papa puisque la vie ne les a jamais réunis. Mais son souhait n'a jamais pu se concrétiser. 

 

                                                                                Thierry de Lestang-Parade

 

« La fille de l'Anglais », une histoire d'amour durant la Grande guerre » de Ben Macintyre. édition de l'Archipel, 19,95 euros.

 

 

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